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La circulaire imposant l’élaboration de protocole de mise en sûreté dans les crèches, produit des effets qui n’ont pas été prévus par la ministre, Laurence Rossignol.

Les points de difficultés

Cette circulaire apporte des difficultés supplémentaires dans le quotidien des responsables de crèche :

PMS effets -

Les difficultés organisationnelles

Sortie en fin d’été, elle a pris de court tous les responsables à leur rentrée, une des périodes les plus chargées dans les structures.

  • Les référents sûreté, l’ont été eux aussi et sont encore aujourd’hui difficiles à trouver au sein des gendarmeries ou des commissariats de police. N’ayant pas encore eu le temps de faire le tour des établissements scolaires pour leurs protocoles attentat, les délais d’attente pour réaliser l’analyse de risques s’allongent.
  • Une fois l’analyse de risques effectuée, il reste la partie la plus chronophage à réaliser : celle de la rédaction de ce protocole. Les consignes gouvernementales, indiquées dans un guide, partent dans tous les sens et laissent les crèches mais aussi les PMI dans des questionnements qui restent sans réponse au niveau du fond et de la forme. Découvrez le kit du protocole.
  • Le gouvernement impose que tout le personnel soit informé et formé aux procédures de mise en sûreté. Les temps de réunion et de formation des équipes ne se programment pas aussi facilement, d’autant plus sur une période de rentrée où les professionnels ont besoin de ces temps pour s’accorder sur leurs pratiques et de parler des nouveaux enfants.
  • En plus des exercices incendie, les directrices (eurs) doivent également prévoir des exercices sur ces procédures d’alerte et d’évacuation / confinement.

Les difficultés "psychologiques"

Sur ce sujet tendu, chacun y réagit différemment  : entre déni (ça n’arrivera pas dans notre coin) et angoisse, la mise en place du protocole provoque des réactions diverses chez les professionnels et les familles.

Accepter notre nouvelle vulnérabilité en France agite les consciences : entre ceux qui refusent de vivre avec cette peur et ceux qui sont terrorisés, travailler ensemble sur de nouvelles modalités dans l’accueil des enfants et des familles, est perturbant.

Fermer les structures, se méfier, être vigilant, informer de tout comportement étrange ne correspond pas à la façon dont les accueillantes ont l’habitude de travailler.

Les difficultés à faire respecter les consignes

Les parents eux aussi sont concernés dans ces procédures. Le plus difficile à faire respecter est de ne pas laisser entrer avec eux une personne inconnue. La politesse est une valeur qui vient se percuter avec la méfiance.

Les difficultés financières

Le but de ce protocole est de mieux sécuriser les locaux et de faciliter le visuel sur les personnes souhaitant entrer. Dans certaines régions, les visiophones étaient déjà une obligation de la PMI mais ce n’était pas le cas dans toutes. Alors, l’installation de ces visiophones mais aussi d’un nouveau système d’alerte spécifique à l’intrusion, le renforcement de portes, l’occultation de certaines fenêtres, etc… ont un coût qui impacte forcément les budgets déjà fragiles des crèches.

Des aides sont toutefois mobilisables : A lire ici.

Les injonctions contradictoires

La sécurisation des EAJE face à la menace apporte son lot d’incohérences avec les réglementations ou choix pédagogiques en place dans les structures, laissant les directeurs(rices) en proie avec des choix qui les feront respecter une prescription au détriment d’une autre.

Sécurité ou sûreté

Une issue de secours devient une vulnérabilité quand elle laisse une possibilité d’accès dans les locaux. La sûreté demande qu’elle soit verrouillée, la sécurité demande qu’elle ne le soit pas… Ce qui est certain, c’est que la sécurité prime. Les consignes des pompiers prévalent.

La loi Abeille / le besoin de connection WIFI

Dans certaines crèches, le réseau mobile n’offre pas une couverture suffisante pour accéder à internet. Or, pour utiliser l’application SAIP, la connexion internet est indispensable. Alors, certes le WIFI est permis dans le bureau, mais le/la responsable n’y reste pas enfermé toute la journée et a donc besoin de cet accès partout dans la crèche. En savoir plus sur la loi Abeille.

Les téléphones dans les sections

Alors que pédagogiquement, il convient que les accueillantes laissent leur téléphone au vestiaire, on assiste au retour de leur portable dans les sections pour leur permettre de s’alerter au cas où…

Les effets positifs du protocole

Malgré le lot de contraintes qu’apporte cette circulaire, les avantages de cette réflexion sont certains.

En envisageant ce protocole non pas spécifiquement sur le risque attentat mais sur le risque intrusion dans son ensemble, il prend alors tout son sens. Moi même, en tant que directrice j’y ait été confrontée à plusieurs reprises : un papa (déjà connu pour des faits de violence) ivre, en proie à un conflit de couple, qui voulait récupérer sa fille qu’il n’avait pas vu depuis 6 mois; un jeune homme dans la cuisine, entré là parce que la porte n’avait pas été fermée à clé après la livraison… Bref, des situations qui ont plus de chances d’arriver qu’un attentat, laissant « femmes et enfants » (pour la grosse majorité) face à des dangers plus ou moins sérieux.

  • L’analyse de risques permet de regarder d’un oeil neuf sa structure : une issue d’évacuation où la clé n’est pas là, un accès possible par les fenêtres de l’étage, un loquet permettant de l’extérieur d’entrer dans la section des bébés (c’est du vécu…), etc…
  • L’idée est d’abord de faire de la prévention et de sécuriser les locaux pour assurer la sécurité des enfants et du personnel. C’est une occasion pour rappeler l’importance du respect des consignes de sécurité (verrouiller les portes, vérifier l’identité, etc…)
  • Par la mise en place de procédures, testées lors des exercices, des réflexes se mettent en place et permettront de savoir agir, de connaître le rôle de chacun dans une situation de menace. C’est arrivé il y a quelques mois, où le protocole a été enclenché à la suite d’une « pause pipi » de militaires dans une crèche.
  • Le partenariat instauré avec les services de police ou de gendarmerie est également un point positif. Cela permet d’une part d’être connu d’eux (pour l’anecdote, en région parisienne, la police ne connaissait pas l’existence d’une micro-crèche qui se situait juste en face de leur commissariat ! ). Les référents sûreté sont également dans le suivi de la mise en place du protocole proposant même d’être présent au 1er exercice.
PMS les effets +

Ce protocole de mise en sûreté, même s’il implique des difficultés dans sa mise en place a le bénéfice de combler des failles qui pouvaient être existantes dans les EAJE. Il me semble donc être une initiative bénéfique qui aura l’avantage de rassurer parents et professionnels, en maîtrisant les risques de la structure.