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La ministre Laurence Rossignol et Alain Ferretti, membre de l’UNAF étaient invités dans l’émission « Un jour en France » de Bruno Duvic, le 24 mai 2016.

Faire garder son enfant ? Est-ce toujours le parcours du combattant ?

Bruno Duvic, après avoir fait écouter des témoignages de parents découragés par l’accès à un mode d’accueil pour leur enfant, reprend le constat annoncé par le Président de la CNAF : l’objectif des 275 000 places fixé dans la COG 2015-2018 (Convention d’Objectifs et de Gestion) ne sera pas atteint, malgré les places créées (près de 9 000 en 2015).

Allain Feretti y réagit en indiquant que le manque de modes d’accueil du jeune enfant est le 1er obstacle à l’emploi des femmes, et qu’il nuit à l’égalité des chances pour les enfants. Il revient sur la hantise des parents, pour qui les espérances sont multiples. La principale raison pour Alain Feretti est le blocage au niveau local et l’absence de pilote dans l’avion. La création de places est à la volonté de chacun.

Quels sont les blocages ?

Madame la Ministre y répond en précisant que l’objectif est de 100 000 nouvelles places en EAJE. Elle annonce que depuis 2012, 60 000 ont été créées, soit 60 % de l’objectif. Ce sur quoi, je précise moi, que les objectifs de cette COG étaient sur 2015-2018. Donc prendre les chiffres depuis 2012 est une annonce erronée…

  • Elle invoque la difficulté du calendrier, où durant les 2 années encadrant les élections municipales, les projets sont en stand bye. Elle annonce une significative hausse des projets en cours, qui ne verront le jour qu’en 2017-2018.

La ministre rappelle qu’elle a renforcé le soutien de l’aide à l’investissement : 2 000 euros pour les zones sous dotées.

  • Elle identifie la baisse de l’offre d’accueil chez les Assistantes Maternelles comme un problème démographique (profession vieillissante) et une inadéquation entre l’offre et la demande sur le territoire. Elle préconise l’implication des collectivités locales dans les MAM (Maisons d’Assistant(e)s Maternel(le)s

Quelles pistes pour réduire cet écart d’offre/demande chez les assistantes maternelles ?

Mr Feretti constate le fort développement des MAM, en attirant l’attention sur leur aspect positif : rompt l’isolement, plus-value de services. Il observe cependant une forte disparités dans les régions.

Les critères d’attribution de places en crèche sont-ils satisfaisants ?

Un reportage est diffusé sur une commission d’attribution dans le 12ème arrondissement de Paris (arrondissement le mieux doté de Paris), où l’adjointe au maire présente leur organisation :

  • 10 commissions par an
  • Attribution anonyme
  • Critères de priorité : situations PMI, naissances multiples, familles en hôtel social, travail des 2 parents, horaires décalés, mixité des revenus
  • Dates de commission secrète pour éviter l’afflux de parents dans le service
  • Décisions collégiales

Une directrice de crèche y participant donne son interprétation suivante sur le  « parcours du combattant » : « c’est quand ils n’ont pas la place quand ils veulent », précisant qu’en attendant quelques mois, ils l’obtiennent.

 

Le souhait d’Alain Feretti est de plus ouvrir ces critères, où aujourd’hui la recherche d’emploi n’est pas privilégiée et où il est difficile d’accueillir en urgence et sur des horaires décalés. Il précise que Paris et ses départements limitrophes font partie des territoires les mieux pourvus en modes d’accueil du tout-petit.

Pourquoi est-ce si long et si cher de créer un EAJE ?

Laurence Rossignol reconnait que le poids des normes de construction est tel qu’elle a mis en place un groupe de travail sur ce sujet, dans l’espoir d’un allègement de ces réglementations. Il en est ressorti que les normes exigées sont justifiées pour répondre au besoin de sécurité des enfants.

Construire une structure d’accueil collectif coûte entre 30-35 000 euros par enfant (lié essentiellement au prix des matériaux et aux coûts de la main d’oeuvre), que la CAF finance pour 1/3 de l’investissement.

Alain Ferreti se déclare envieux du modèle scandinave où les normes sont bien moindres, et qu’il n’y a pas plus d’accidents qu’en France. Là-bas, c’est la pédagogie qui est mise en avant.

Il faut savoir également que ces coûts de construction ont connu une augmentation de 25 % en 10 ans et qu’il devient trop lourd pour les collectivités locales.

Le maire de Sains en Gohelle (Pas de Calais) témoigne de l‘absence de volonté politique dans certaines communes rurales, où il n’existe aucune offre d’accueil. Il vient d’opter pour la création d’une micro-crèche.

Pourquoi êtes-vous hostile aux micro-crèches ?

Sa réticence, explique la ministre, concerne les micro-crèches qui

  • n’ont pas d’encadrement du prix facturé aux familles (problème d’inégalité)
  • contournent la loi en accolant 2 micro-crèches (revenant à une crèche normale où la réglementation n’est pas respectée en terme d’encadrement des enfants)

Par contre, elle y est favorable dans les zones rurales, où la création de structure est impossible financièrement.

Alors comment faciliter les constructions de structures ?

Alain Feretti demande plus de soutien financier aux associations qui créent. Aujourd’hui, elles doivent faire face à une avance de trésorerie de 18 mois. Il souligne d’ailleurs l’investissement des familles dans les crèches parentales, dans lesquelles les parents se mobilisent fortement.

La ministre, de son côté, invite très vivement les syndicats à « taper du poing sur la table » pour que les crèches d’entreprises soient au cœur de la négociation sociale. Elle n’admet pas que ce sujet soit si peu porté par les employeurs.

La réaction d’une auditrice

Aurélie, auxiliaire de puériculture en structure associative, réagit sur le sujet des MAM. « Ca me fait hurler, en tant que maman et professionnelle de faire croire que les MAM s’assimile à des crèches ». Les assistantes maternelles se regroupent, certes, mais ne sont pas une collectivité. Quand elles sont 4 à accueillir 4 enfants chacune, on arrive à une structure pour 16 enfants, c’est 50% de berceaux en plus qu’une micro-crèche.

La ministre y répond en indiquant que la diversité des offres fait la richesse de l’offre française en modes d’accueil. Historiquement, les crèches étaient créent dans le paysage urbain. Aujourd’hui, le besoin est croissant dans les zones péri-urbaines et rurales, où le budget des collectivités est en diminution. Elle reconnaît que les assistantes maternelles ne sont pas une crèche mais qu’elles permettent de développer l’offre et de garantir la qualité d’accueil sur le territoire.

Laurence Rossignol a d’ailleurs annoncé qu’elle souhaitait un groupe de travail pour harmoniser les discours de chaque PMI, qui aujourd’hui sont autonomes dans leurs préconisations. L’idée d’un guide est en cours.

Qu’en est-il des structures d’accueil à horaires atypiques ?

La Caf a fiat des efforts pour les soutenir mais doit encore en faire, dit Mr Feretti.

Il faut des solutions innovantes. Elles participent en plus à l’attractivité des communes, et les élus n’en n’ont pas toujours conscience.

Le cas des crèches VIP

200 crèches à Vocation D’insertion Sociale (voir mon article à ce sujet) existent aujourd’hui en France, dont l’Arc en Ciel à Bagneux, où un reportage a été tourné.

Ces structures coûtent plus cher (personnel supplémentaire pour l’accompagnement à l’emploi, horaires atypiques, autre mode de fonctionnement économique). Une convention avec le ministère du travail est prévue pour bientôt.

Le rapport Giampino

Laurence Rossignol se félicite de ce rapport remis le 9 mai 2016 qui pose pour la 1ère fois une véritable philosophie de la Petite Enfance l’assimilant finalement à un rapport d’orientation qui est totalement tourné vers le meilleur développement de l’enfant.

A savoir

Le 17 mai, devant la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, Laurence Rossignol présentait le bilan de son action d’abord comme secrétaire d’Etat à la Famille puis ministre des Familles. La politique familiale est une « politique qui fait la force de la France et dont nous pouvons être fiers », a-t-elle souligné.

Les prestations familiales (avec la modulation des allocations familiales) et les services aux familles (modes d’accueil, accueil de loisirs, aide à la parentalité…) ont été les 2 principaux leviers.

La ministre accuse les collectivités locales qui « ne semblent pas s’être pleinement saisies de ces moyens mis à leur disposition, alors même que ces solutions d’accueil collectif sont les plus demandées par les parents et qu’elles participent au dynamisme et à l’attractivité d’un territoire. »

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