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La vision pédagogique et éducative du rapport Giampino

Sylviane Giampino, après avoir consulté plus de 120 spécialistes (psychologues, pédiatres, sociologues, éducateurs, neurologues, psychomotriciens, artistes,…) promeut de nouvelles bases au sein des modes d’accueil du jeune enfant.

Les bases autour des 12 particularités majeures du développement de l’enfant de moins de 3 ans

Rapport Giampino - 12 particularités Stéphanie Disant

Les bases autour de 3 grands principes

Sylviane Giampino propose l’approche suivante de l’accueil du jeune enfant :

Une vision globale, interactive et dynamique de son développement : 

  • Globale : qui intègre l’ensemble des sphères de développement du tout petit : physique, affective, sociale, cognitive et émotionnelle
  • Interactive : entre l’enfant et son environnement, et entre chacune de ces sphères
  • Dynamique : l’une des récentes connaissances sur le développement général de l’enfant est de constater que lorsqu’il fait une acquisition dans une sphère, il en perd dans d’autres sphères, qu’il pourra récupérer ensuite. Finis les repères d’âge pour les acquisitions ainsi que le développement par pallier. Il convient de parler de développement par vagues, un développement caractérisé par une totale discontinuité

 

Une prime éducation pour la prime enfance

Il s’agit tout d’abord d’avoir une parfaite connaissance du développement et des besoins de la tranche 0-3 ans, si différente dans ses spécificités, de celles des jeunes enfants de plus de 3 ans.

Une attention précoce pour des modes d’accueil prévenants

« Les lieux d’accueils constituent un sas entre le petit enfant, sa famille et le « grand monde ». Ils  devraient pouvoir maintenir à distance les pressions, accélérations, et permettre ainsi la sérénité du travail d’accueil. »

Cette sérénité passe en priorité par la formation des professionnel(le)s accueillant les enfants. (Retrouvez mon article sur les changements préconisés dans la formation des métiers de la Petite Enfance). Compétence et soutien permettront alors à l’adulte un regard bienveillant sur l’enfant, ainsi qu’une organisation sereine au sein de l’équipe.

Les bases autour de 5 dimensions primordiales

pour le développement et l’épanouissement du tout-petit

Sylviane Giampino milite pour une réelle politique commune des modes d’accueil sur tout le territoire et dans l’accueil collectif et individuel.

Accueillir un enfant passe alors par se centrer sur des objectifs et des moyens de ce cadre de base permettant au jeune enfant de :

Prendre soin de soi

« La qualité de la présence relationnelle et corporelle des adultes auprès des enfants véhicule le désir que l’enfant s’y sent bien, le plaisir à faire ce travail, la délicatesse avec laquelle on prend soin de lui, et le respect avec lequel il est abordé en dépit de sa dépendance. C’est l’esprit de la « bien-traitance» »

Le regard positif sur l’enfant est porteur pour lui : le regarder dans ses capacités et non dans ses manques. C’est ce que Jean Epstein appelle la logique de compétence (contre la logique de manque).

Ce regard est à porter aussi sur l’histoire intégrale de chaque enfant, c’est à dire, depuis sa vie néonatale.

Se sécuriser

Le sentiment de sécurité est vital pour l’enfant parce qu’il :

  • influence son développement
  • influence l’usage de ses capacités
  • libère sa pensée
  • soutien ses progrès

Les lieux d’accueil doivent être des lieux où l’on peut se sentir en confiance, entre gestes et paroles justes, bien accordés, sécurisants, notamment la manière dont sont évoqués les parents qui sont « dans l’enfant».

Se repérer

Le tout petit se construit d’abord par l’extérieur, qui lui apporte les appuis nécessaires à la construction de son identité personnelle.

Copier les autres, s’identifier à leurs attitudes, leurs façon d’être, de parler, d’agir est naturel et précoce, il revient donc aux professionnels de donner l’exemple d’attitudes mesurées, non agressives, non intrusives.

Les professionnels maintiennent le lien enfant-parent (et le valorise) tout en offrant d’autres repères à l’enfant : non pas à la place mais en supplément. L’enfant bénéficie alors de multiples modèles, qui enrichissent sa palette relationnelle.

Les spécialistes pointent d’ailleurs le sujet de la figure d’attachement, qu’il est restrictif de n’accorder qu’à la fonction maternelle. Les enfants non seulement sont capables, mais en plus, on besoin de multiples figures d’attachement.

Se socialiser

« Devenir un être socialisé n’est pas apprendre à se fondre dans un groupe anonyme, mais construire la représentation de soi et de l’altérité qui transparaît au bout du parcours dans une conscience de soi, de l’autre et qui permet de jouer sur la gamme du moi, du toi, du je, du nous. Pour en arriver là, le jeune enfant doit évoluer simultanément sur quatre registres différents. »

  • Le langage
  • l’espace disponible entre ses propres besoins et les besoins des autres
  • le repérage des limites, l’apprentissage de la frustration
  • l’intériorisation des codes sociaux et culturels

« La socialisation se développe d’abord parce que les jeunes enfants trouvent de la sécurité relationnelle, de l’intelligence et du plaisir dans le lieu et les liens.  Alors, ils peuvent développer la souplesse d’en accepter les règles, prendre appui sur les limites posées pour se structurer, transformer leur frustration en action, apprentissage, progrès, et installer une confiance en eux-mêmes et la société. »

5 dimensions schéma Stéphanie Disant

Les bases pour 1 base commune

Sylviane Giampino milite pour une réelle politique commune des modes d’accueil.

La mission propose d’aboutir à une politique nationale globale de l’accueil de la petite enfance, avec comme pilier, un texte cadre.

Le but est de créer une identité commune aux professionnels Petite Enfance tout en conservant la richesse de la diversité des filières (santé, éducation, sociale)

Pourquoi ?

  • Pour plus de cohérence parmi tous les acteurs (les politiques d’accueil se sont construites les unes sur les autres, en millefeuilles)
  • Pour un cadre de valeurs et d’objectifs communs
  • Pour décloisonner l’accueil individuel / collectif
  • Pour éviter les visions parcellaires et contradictoires sur l’enfant ainsi que les divergences de pratiques
  • Pour pporter un cadre sur lequel les professionnels pourront s’appuyer
  • Pour créer une identité commune : ne plus parler de métier (EJE, Puéricultrice, AP, CAP …) mais d’une profession commune
  • Pour en finir avec le manque de reconnaissance et de considération (en rendant visibles les savoirs et savoir-faire)

 

Identité commune = principes, valeurs, conception commune de la Petite Enfance

Pour faire vivre cette identité commune, il est devenu nécessaire qu’une journée nationale de l’accueil de la Petite Enfance soit instituée. La 1ère s’est déroulée le 31 janvier 2017, avec de nombreuses annonces.